Poutine:Vers une nouvelle forme de Totalitarisme? Mardi, déc 4 2007
Monde and Politique Monde, Politique, Russie 8:48

“Des manifestations controversées, de l’opposition, ont lieu, comme par exemple “les Marches du désaccord”, organisées par le Front civique uni, présidé par Garry Kasparov (ancien champion du monde d’échecs) et Mikhaïl Kassianov (ancien premier ministre russe), qui a du mal à rassembler de nombreux participants. Ce mouvement regroupant différents mouvements politiques, d’extrême gauche, de droite et d’extrême droite, revendique un changement du système politique formé pendant les années de la présidence de Vladimir Poutine, caractérisé par le renforcement du pouvoir étatique, le changement du mode d’élection des gouverneurs et la modification de la législation sur les partis politiques.
Contrôle des médias:
Depuis 2002-2004, le Kremlin a resserré son emprise sur les chaînes de télévision ou des journaux privées tels que NTV à travers une prise de contrôle par le géant gazier para-étatique Gazprom. Après la prise d’otages de Beslan en 2004, le quotidien Izvestia avait publié plusieurs photographies de la tragédie, suite à quoi le rédacteur en chef avait été renvoyé.
Les radios d’opposition (Radio Echo de Moscou, etc.) et quelques titres de la presse moscovites (tels que Novaïa Gazeta, Kommersant, Nezavisimaya Gazeta) gardent leur indépendance. D’une manière générale l’extrême majorité des rédacteurs en chef et journalistes confirment ne pas recevoir de pression de la part du Kremlin.
Seulement entre 20 et 30 % de la population russe utilise le web.
ONG:
Une loi promulguée en 2006 contraint les ONG étrangères à enregistrer leurs statuts et leurs activités auprès du Service d’enregistrement fédéral (FRS). Cette procédure exige de chaque association qu’elle fournisse une longue liste de documents (notamment la comptabilité, les sources de financement, etc). Les ONG qui ne peuvent répondre à ces exigences devront quitter le pays. Le WWF a déjà fait savoir qu’il quitte le pays pour ne pas se soumettre au contrôle de l’État.ternet est notre dernier bastion, le dernier lieu de communication libre”, explique Ilia Iachine, chef du mouvement de jeunesse du parti réformateur Iabloko, avant d’ajouter : « la liberté d’expression est étouffée, l’espace politique est monopolisé par le parti du pouvoir”. Les médias audiovisuels sont particulièrement ciblés par les opposants de Poutine. (Moscou, 31 janvier 2006).
Démocratie:
Plusieurs observateurs occidentaux dénoncent une relative dérive autoritaire de Vladimir Poutine. En octobre 2006, Marie Mendras, chercheuse au CERI, professeur de politique russe à l’IEP de Paris, et toujours extrêmement critique sur le pouvoir en Russie, dressait un bilan négatif du pouvoir politique en Russie :
« Il n’y a plus ni Parlement ni Cour constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuité par l’administration présidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique dès qu’une affaire devient délicate. Cela nous ramène au problème de la violence et de l’impunité […]. Désinstitutionnalisation du régime, opacité des décisions, montée de l’arbitraire et des méthodes expéditives : tout cela traduit une agitation croissante des cercles dirigeants. »
Vladimir Poutine répondit à tous ses détracteurs en intervenant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 10 janvier 2007. Vladimir Poutine a déclaré que la Russie prônait le multipartisme et que les changements apportés à la législation électorale du pays visaient à renforcer ce système. « Nous voudrions disposer d’un système politique mûr, d’un système pluripartite géré par des politiques responsables, qui seraient en mesure de pronostiquer le développement du pays et agir en connaissance de cause non seulement pendant les périodes électorales, mais aussi après et sur une longue période historique », a dit le dirigeant russe. « Aujourd’hui le Parti communiste, le parti Russie unie, le Parti libéral-démocrate et d’autres forces politiques sont représentés au sein du gouvernement russe et leurs vues se distinguent foncièrement les unes des autres », a souligné Vladimir Poutine.
Le président du comité de la Douma Konstantin Kossatchev a quant à lui rappelé que la loi russe sur les ONG a été adoptée compte tenu des recommandations du Conseil de l’Europe et que son élaboration a été menée compte tenu de l’avis des experts de cette organisation. “Les modalités de réenregistrement de ces ONG ne sont pas (…) excessives”, a souligné le député.
Justice:
De nombreux quotidiens estiment que l’État de droit est menacé en Russie : pour le journal Vedomosti, « le niveau croissant de la criminalité et du nombre de verdicts bizarres et étrangement cléments ne font que renforcer le sentiment d’injustice au sein de la société russe. » Il fait allusion à la clémence des tribunaux dans les affaires d’actes racistes qui se multiplient dans les villes russes. La criminalité a augmenté sous la présidence de Vladimir Poutine : entre 2000 et 2005, le nombre de crimes s’est accru de plus de 10 % par rapport à la période 1992-1999. Sous Boris Eltsine, environ 19 personnes sur 100 000 habitants décédaient de mort violente, contre 22 pour 100 000 dans les premières années du XXIe siècle. Cependant le président et l’appareil de l’État russe sont conscients du problème de montée de l’extrémisme et du racisme et prennent des mesures vigoureuses pour contrer leur expansion.